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Duty free style

Certains arrivent très à l’avance, angoissés à l’idée de louper leur avion, d’autres font le check-in des bagages à la dernière minute, mais tous, prévoyants ou retardataires, vivent la même expérience. Les valises sont dans la soute, le stress s’est envolé, on n’a qu’un petit sac en bandoulière avec un bouquin, content de partir en vacances ou simplement d’aller loin. Il n’y a rien à faire dans ce moment bulle, à l’espace-temps extraordinaire, sinon une chose : acheter. Et, dans les aéroports, tout est fait pour claquer ses derniers yens ou euros. Cet univers a un nom, le «travel retail», et un surnom, le «sixième continent». Son histoire est évidemment liée à l’émergence de l’aviation civile. Elle a démarré dans l’imagination de Brendan O’Regan qui inventa le concept de Duty Free à Shannon en Irlande, en 1946. Et puis elle a changé, intégrant les évolutions structurelles des aéroports, autrefois des vitrines puis des hubs internationaux, se modifiant au gré des changements du monde. Ainsi, depuis 1999, le duty free n’existe plus en Europe. Le sixième continent s’étend en permanence, à la même mesure que le monde entier prend encore et toujours plus l’avion.

D’ici quinze ans, le trafic annuel (5 milliards de passagers actuels) devrait doubler, les néo-classes moyennes asiatiques étant bien parties pour de nombreux tours du monde. Ce qui revient, pour les marques et les aéroports, à autant de consommateurs supplémentaires. Avec une particularité notable : dans un avion, on retrouve principalement des personnes au pouvoir d’achat considérablement plus élevé que la moyenne. Aux Aéroports de Paris (ADP), entité qui regroupe Roissy et Orly, le chiffre d’affaires moyen par passager était de 18,2 euros fin 2014 (contre 9,8 euros en 2006). Et des passagers, il y en a 45 millions par an… Le public du travel retail est le rêve absolu des planificateurs stratégiques des marques. Qu’achète-t-on à Roissy, Incheon, Heathrow ou Doha ? Tout. Mais, dans le travel retail, marché qui connaît 10 % de croissance par an, c’est surtout le secteur du luxe qui se porte très bien. Même si l’on peut raisonnablement se demander pourquoi acheter un sac à 5 000 euros en quelques minutes, une cravate à 150 euros avant de courir dans la salle d’embarquement ?

Florian Craen, directeur général commercial d’Hermès International, explique que «l’achat en aéroport se fait dans un moment très particulier, avec beaucoup de personnes qui sont « en déambulation ». Elles sont très libres, les mains dans les poches, sans sollicitation ou obligation».La marque française est présente depuis près de cinquante ans dans le réseau, ayant été l’une des premières à s’y implanter. Aujourd’hui, le travel retail est une division à part dans le groupe, avec une cinquantaine de magasins, sur un total de 315 boutiques dans le monde.

LA VENTE À BORD A VÉCU

Dans les films des années 60 ou 70, les voyageurs rentraient chez eux avec des cigarettes et du whisky, parfois une cravate, le tout acheté en vol. Aujourd’hui, les chariots tirés par les stewards ou hôtesses proposent parfois quelques crèmes de beauté ou du merchandising de la compagnie aérienne (nounours, porte-clés). L’explosion du low-cost a anéanti l’image luxueuse de la vente à bord. Le fantasme de la vie en l’air importe moins que celui du confort au sol. àAterre, on veut bien manger (lire l’encadré), pouvoir se faire masser et chouchouter. Et donc s’offrir des produits de luxe dès que l’on en a l’envie. Il y a l’objet cadeau, l’achat d’impulsion, la cravate que l’on rapporte à son ami ou le bracelet désiré. Mais, et c’est sans doute la nouveauté de ces dernières années, le travel retail de luxe est devenu un retail comme les autres. Au terminal M de Roissy, un employé d’une boutique d’une grande marque italienne confie avoir «ses habitués, des hommes ou femmes d’affaires qui voyagent énormément, et qui n’ont pas le temps de se faire des après-midi shopping. Alors, ils viennent ici».

Florian Craen : «En aéroport, Hermès est une porte ouverte, une façon de parler à une clientèle différente, qui n’ose peut-être pas pousser la porte d’un magasin en centre-ville, ou qui n’en a pas le temps. Mais que ce soit dans un terminal international ou dans nos magasins « traditionnels », il y a les mêmes collections, avec des exigences de service identiques.»

Les marques s’adaptent à cette nouvelle caste aux besoins immédiats et au portefeuille grand ouvert. Partout, les griffes ou aéroports rivalisent quant au meilleur accompagnement proposé. Par exemple, à Londres, il y a trente-huit «personnal shoppers» rien qu’à Heathrow.

DE LA «LUXURISATION»

Depuis la fin 2014, le hall K du Terminal 2E à Roissy rassemble quatre noms majeurs du luxe : Hermès, Dior, Cartier et Chanel, qui inaugurait là son tout premier espace en aérogare. Marie Haverbeke, responsable de l’offre commerciale chez Aéroports de Paris estime que les passagers «sont heureux de trouver des symboles de l’élégance française, que l’expérience « parisienne » soit présente même pour quelques heures de correspondance». Mais le travel retail a un obstacle : les sols grisâtres, les portiques de sécurité, les panneaux lumineux… Tout cela n’est pas très «chic», et bien éloigné de la rue du Faubourg-Saint-Honoré ou du quartier tokyoïte d’Aoyama.

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Destination shopping

Les beautystas du monde entier ont une nouvelle destination shopping : les boutiques des aéroports. Il y quelques années encore les aéroports rimaient avec couloirs interminables, confort modéré et boutiques de duty-free où acheter de l’alcool, du tabac et du parfum. Rien de glamour ou d’attractif. Plutôt un lieu de transit.

Mais le nombre de voyageurs a explosé ces dernières années, plus de 3 milliards par an, et ce chiffre ne devrait pas cesser d’augmenter. Ce flux énorme devient dès lors une opportunité exceptionnelle pour les marques et les aéroports qui revoient leur copie version luxe. Dans ce « 6ème continent » qu’est le travel retail, la beauté a la part belle. Elle représente plus de 30% des achats effectués pour un panier moyen de plus de 100$.

Les grands aéroports ont massivement investi dans un relooking bien pensé : cadre luxueux, moquettes moelleuses, murs végétaux, infrastructures extravagantes, marques de luxe mises en avant. Ils rivalisent désormais avec les centres villes des plus belles capitales. Tout est fait pour occuper les voyageurs entre le contrôle de sécurité et l’embarquement.  Les effets ont été rapides : le travel retail est devenu la première source de revenus des aéroports.

Oubliée donc la simple vente de cigarettes et d’alcool. Dans le monde du retailtainment, les marques de luxe mettent le paquet pour séduire leur clientèle notamment grâce à une offre digne des plus grandes parfumeries en termes de produits de beauté et rivalisant avec les corners des grands magasins.

Tout est mis en œuvre pour séduire les beautystas : opérations spéciales, collectors, éditions limitées et services exclusifs. Par exemple, dans l’aéroport d’Hawaii, Yves Saint Laurent a commercialisé une palette de maquillage exclusive que les clients pouvaient faire graver sur place. Dans cette optique d’exclusivité, la vernithèque de la même marque (un assortiment de 30 teintes de vernis) n’est disponible qu’en 150 exemplaires dans le monde. De quoi faire saliver les amatrices de produits de beauté.

La stratégie des marques est simple : axer l’expérience d’achat autour d’objets exceptionnels à acquérir immédiatement. Le message est clair : le produit qui vous fait envie n’est disponible qu’ici et/ou pour une période très limitée. C’est dans cette idée qu’ont été développés des parfums réservés au circuit du travel retail comme Rêve d’Escapade de Givenchy, Vol de Nuit Evasion de Guerlain ou la collection Voyage de Lancôme.

Certaines marques comme L’Occitane ou Benefit installent même leurs boutiques en nom propre pour faire rayonner leur nom à l’international. Ainsi les deux plus importantes boutiques Giorgio Armani Cosmetics dans le monde en chiffre d’affaires sont situées dans l’aéroport de Dubaï.

Les aéroports ne se sont pas contentés de se transformer en temple du shopping beauté, ils ont également investi dans le service beauté avec d’une part du conseil de plus en plus personnalisé (notamment en fonction de la nationalité) et d’autre part des installations permettant de se faire coiffer, maquiller ou faire une manucure en attendant son vol. La « travel beauty » semble être l’avenir des marques de cosmétiques.

Quand le marché du luxe s’invite dans les aéroports

Avec plus de 3 milliards de voyageurs par an, les marques de luxe misent sur la clientèle des aéroports.

Le 24 mars 2015, l’Airports council international (ACI) a annoncé un trafic passagers pour 2014 en hausse dans la plupart des aéroports internationaux. Le classement est inchangé par rapport à l’an passé pour les quatre premiers aéroports : Atlanta (96 millions de passagers), Pékin (86 millions), Londres (Heathrow : 73,4 millions), Tokyo (72,8 millions), mais surtout vingt-huit des trente plus grands aéroports mondiaux présentent des taux de fréquentation en hausse de 0,9 à 10,7 %.

Au total selon The International air transport association (IATA) ce sont plus de 3,1 milliards de passagers qui ont pris l’avion en 2013 et ce nombre devrait franchir les 3,3 milliards pour 2014. Autant dire que l’explosion du trafic aérien a également créé de nouvelles opportunités de distribution. Il a même été un des moteurs du développement de l’offre faite aux voyageurs dans les aéroports, par le biais de D uty Free shops ou de boutiques, ce qu’on appelle le travel retail.

Une clientèle captive

La clientèle des aéroports est une cible privilégiée pour les marques, car une fois les contrôles d’identité et de douanes passés, les passagers devront attendre leur vol dans l’enceinte de l’aéroport. Ils auront probablement un moment pour flâner, peut-être un cadeau ou un souvenir à rapporter ou tout simplement l’envie de se faire plaisir.

Certaines marques ou groupes de luxe avaient déjà identifié le potentiel de croissance dans ce domaine à l’instar de LVMH. Le groupe a été un des pionniers avec son enseigne DFS (Duty Free shoppers) créée en 1960. La société établie à Hong-Kong lui a permis d’avoir un ancrage fort dans la zone Asie-Pacifique.

Avec le boom des touristes chinois et leur appétit pour le shopping, les ventes ont décollé sur les parfums, alcools, vins, spiritueux, maroquinerie… et DFS est devenu le leader mondial du luxury retail travel. Plus intéressant encore, il semblerait que la croissance ne soit pas prête de s’arrêter.

D’après Exane BNP Paribas, les achats réalisés par la clientèle de voyage ont progressé de 12 % par an depuis 2009 et devraient suivre la même tendance sur les deux à trois ans à venir. Un taux de croissance qui représente plus du double du taux observé sur les marchés des produits de luxe. Distribuer ses produits dans les aéroports devient donc un volet incontournable de la stratégie de distribution des marques de luxe.

Comment s’y prennent les marques ?

Avant tout, il s’agit d’une clientèle mondiale, une clientèle internationale. Ensuite, c’est une clientèle qui a souvent assez peu de temps et très exigeante. Il est donc primordial de proposer une offre suffisamment large, mais de très haut de gamme, d’utiliser des concepts nouveaux et de choisir des emplacements de tout premier plan. Enfin, il est fondamental de se préparer au mieux à la venue des potentiels clients et de les accompagner jusqu’à l’achat. L’objectif est d’arriver à transformer un voyageur d’affaires ou de tourisme en client.

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